STEVENS DOSSOU-YOVO

Point de vue

Stevens est né et travaille à Paris. Formé à l’école supérieure de design Penninghen, il s’oriente très tôt vers la sculpture. Son matériau de prédilection est l’acier, dont il exploite la plasticité en réalisant des constructions spatiales complexes.

Inlassablement, Stevens explore les propriétés de l’acier ; tantôt émaillé, tantôt brossé, tantôt oxydé, tantôt recouvert d’images numériques ou de blanc mat, le métal tel qu’il le façonne multiplie les illusions. Broken Clouds est une série de nouvelles pièces qui poussent encore plus loin les effets d’optique obtenus grâce à un travail intense sur le volume et la perspective.

 

La métaphysique des cubes

 

Stevens dit avoir besoin du ciel pour créer. Ce n’est certainement pas un hasard si celui-ci occupe un pan entier de son atelier. Espace à la fois confiné et largement ouvert sur l’horizon, son atelier est une camera obscura dans laquelle l’artiste condense et réfracte le cosmos.

Chacune de ses sculptures matérialise une vision intérieure. Suspendues entre l’apesanteur d’une vue de l’esprit et la gravité du métal, ses compositions à géométrie variable renvoient, dit-il, à la métaphysique. Il y a en effet dans son travail d’assemblage un questionnement sur l’origine et les confins du réel, mais aussi la recherche d’un ordre.

 

« Je questionne, je fouille », dit l’artiste. Dans cette métaphysique des cubes, l’Odyssée de l’Espace se confond avec l’archéologie. Suivant une logique artistique qui est aussi une nécessité intérieure, Stevens creuse son sillon : « En travaillant, je me rapproche de ce que je recherche ». C’est ainsi que chaque pièce mène à une autre, que la vision s’affine et se renouvelle. Avec la série Broken Clouds, Stevens dit toucher au plus près de sa cible.

 

Chaque sculpture se présente comme une équation spatiale ou une formule mathématique. Chacune combine le principe de concentration et celui d’expansion : l’illusion d’optique tient à ce que la tension entre des forces contraires s’annule pour créer l’effet saisissant d’un mouvement immobile. Les éléments assemblés semblent à la fois en chute libre et en lévitation, à la fois statiques et animés par la circulation de l’air, par l’attraction terrestre.

 

Outre les forces propres à chacune des compositions, l’illusion d’optique est affinée grâce aux différentes finitions des éléments métalliques. L’artiste obtient des effets de texture au moyen d’une gamme de procédés patiemment élaborée. Ainsi l’application de blanc mat sur l’acier permet l’obtention d’une légèreté et d’un calme aérien qui tend vers la dématérialisation : la matière se fait oublier, pour laisser s’exprimer le volume, l’espace, le mouvement. Au contraire, l’oxydation à l’acide apporte une profondeur et une coloration qui enrichissent le métal. Dans les pièces laissées volontairement brutes, la tôle est par endroits brossée pour favoriser les jeux de lumière en surface.

 

Broken Clouds nous invite donc à contempler la couleur du ciel et l’univers en expansion.

 

Blandine Chambost
Avril 2013